Alternative(s)

Alternative(s)

Mais Charleroi sera blanc, un jour...

WP_20160710_002.jpg
Je viens de retomber par hasard, en rangeant mes papiers, sur un bouquin que m'avait offert une amie il y a quelques mois. Le bouquin d'un photographe qui voulait, à sa façon, rendre hommage à Charleroi. De nombreux clichés de sa vision de la cité carolo...

 

Je l'avais feuilleté le soir où elle me l'avait offert et j'avais ressenti un malaise étrange... Un mélange de sentiments diffus qui s'entremêlaient pour me laisser un goût amer dans la bouche.

 

Le bouquin était depuis resté dans une caisse à l'abri des regards et je n'en avais je pense plus jamais parlé. Mais il était dans un coin de mon esprit...

 

"Il est clair que le gris est noir... Mais Charleroi sera blanc, un jour"

 

L'auteur, en quelques lignes visant à expliquer le cheminement de son ouvrage, revenait sur le passé industriel glorieux du pays noir, contrastant avec ce qu'il était devenu... Commentant à travers quelques "tronches" de vies sa décrépitude et "son haleine puante qu'il embrasse sur la bouche"... Persuadé qu'un jour, la ville, expurgée de ses travers, renaîtra de ses cendres...

 

En relisant ces quelques lignes, puis en feuilletant à nouveau les photos, je me suis souvenu du malaise que j'avais éprouvé... Comme un coup de poing dans la gueule cette fois... Comme ce coup de poing que l'auteur avait donné il y a 30 ans à un jeune carolo et dont il appréhendait un jour de recevoir la monnaie..

 

Sentiments diffus parce que sous couvert d'un hommage artistique à la ville et ses habitants chaleureux, j'avais l'impression que l'auteur me renvoyait à ce gamin aux mains sales et aux vêtements bon marché que j'avais un jour été. Et à tous ceux qui avaient grandi avec moi et qui petit à petit s'étaient décrépits de cette putain de maladie qu'est la pauvreté. Je me suis senti sale en lisant ce bouquin. Une saleté que je n'avais probablement pas envie de voir. Égoïstement peut-être. Mais aussi pour tous les autres qui seraient gênés en regardant leurs mains crasses...

 

Ces visages d'alcooliques, ces visages édentés, ces enfants qui sourient en se foutant de savoir si leurs vêtements sont sales ou troués... Ces chancres industriels dans lesquels les anciens ont laissé leur santé, ces cités que nous voulions à tout prix quitter, ces regards perdus et usés d'avoir trop espéré...

 

Malaise parce que je pense que la démarche était un réel hommage d'un artiste venu photographier une misère que l'on ne peut nier. Mais malaise parce que c'est un artiste flamand, que l'amie qui me l'a offert vit aussi en Flandre, et que je me demande si tous ceux qui vivent au Nord du pays ont cette vision là des wallons.

 

Colère pour ce qu'en feront ceux qui nous traitent d'assistés et qui prônent l'indépendance pour mieux exploiter ceux qui deviendront demain leurs nouveaux assistés...

 

Malaise aussi lorsque l'auteur estime que celui qui pourra sortir la ville de sa décrépitude sera son actuel bourgmestre socialiste, mais en sous entendant que ce n'est qu'en gommant définitivement son étiquette socialiste qu'il y parviendra.

 

C'est en redevenant vraiment socialiste au contraire que les choses pourront changer! Le socialisme qui s'attaque à l'origine du problème de notre société.  Parce qu'aucune des photos du bouquin n'explique les raisons profondes de ces injustices sociales qui amènent les gens à se laisser aller. Pour oublier toute cette merde. Pour enlever aux plus courageux, à ceux qui montreront aux autres que l'on peut s'en sortir, l'envie de relever la tête pour retrouver leur dignité...

 

Si la pauvreté est une maladie, ce n'est ni en occultant sa misère, je le reconnais, ni en retirant leur dignité à ceux qui en souffrent qu'on en viendra à bout. Ce n'est qu'en combattant son virus qu'on pourra l'éradiquer.

 

J'espère un jour pouvoir offrir à mon amie  un bouquin avec toutes les belles choses que les carolos ont réalisées. Mais mieux encore, un bouquin de photos qui capte les raisons profondes des inégalités.

 

Le problème est que ceux qui exploitent se laissent rarement photographier en train de commettre leurs méfaits...

 

Appel à tous les artistes qui veulent changer le monde...



10/07/2016
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 36 autres membres