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Effondrement des fonds de pension semptembre 2011

L'Echo 1.9.11
 
Les primes des fonds de pension vont augmenter
Les fonds voient leur rendement fondre alors qu’ils doivent délivrer un taux de 3,25% garanti.
Philip Neyt (© Dries Luyten)
Phi lip Neyt (© Dries Luy ten)

 

Les fonds de pension belges vont coûter plus cher. Les ren dements qu’ils obtiennent sur les marchés sont en baisse structurelle alors qu’ils ont l’obligation légale de délivrer un taux d’intérêt de 3,25% dans leurs prestations vis-à-vis des tra­vailleurs arrivés à la pension. Par conséquent, les employeurs et les travailleurs qui cotisent dans le deuxième pilier par le biais d’un fonds de pension verront augmenter les primes qu’ils versent dans les années à venir. C’est ce qu’a annoncé jeudi à Bruxelles l’ABIP (Association belge des institutions de pension), à l’occasion de la présentation des résultats d’une enquête sur les performances des fonds de pension au premier semestre.

Cette hausse prévisible des coûts de financement des fonds de pension résulte de la diminution des rendements que ceux-ci anticipent au cours des prochaines années. “On ne pourra plus répé­ter les rendements des 30 dernières années”, prévient Philip Neyt, président de l’ABIP. Grâce aux bonnes performances boursières entre 1985 et 1999, le rendement net annuel des fonds de pen­sion sur 20 ans est actuellement de 6,54% (soit 4,37% de rendement net réel, c’est-à-dire après inflation). Sur dix ans, ce rendement tombe à 2,80% (0,62% en termes réels).

Ralentissement boursier

“Une baisse du rendement de 1% implique une hausse des coûts de financement de 15%”, estime Philip Neyt. “Car la baisse du return a un effet cumulatif à long terme.” Or, l’ABIP entrevoit une baisse de rendement de l’ordre de 1% à 2% dans les prochaines années. Pour les employeurs et les travailleurs, les primes risquent donc de connaître une hausse de l’ordre de 15% à 30% dans les années à venir. “Bien sûr, on ne peut pas prévoir l’évolution des marchés”, tempère Philip Neyt. “Mais étant donné leur évolution récente, il faut rester prudent dans nos prévisions.”

Les résultats du premier semestre 2011 accréditent ce point de vue. Les fonds de pension n’ont pas échappé au ralentissement boursier. Durant les six premiers mois de l’année, les institutions de retraite professionnelle (ou IRP, dénomination officielle des fonds de pension) ont dégagé un rendement moyen de 1,14% sur leurs investissements, selon l’enquête de l’ABIP au près de 58 IRP représentant 10,4 milliards d’euros sous gestion, soit environ 65% du marché. Ce taux est loin des rendements de 9,5% et 15,7% obtenus respectivement en 2010 et 2009. Mais il reste positif alors qu’en 2008, les fonds de pension avaient délivré une performance négative, à sa voir -17,7%.

Le rendement de 1,14% dégagé au cours des six premiers mois de l’année est dans la lignée des performances des marchés sur cette période : côté actions, les indices paneuropéens Stoxx 600 et Eurostoxx 50 ont affiché des variations de -1,07% et +1,99% respectivement, tandis que parmi les obligations, les Bunds allemands, titres de référence du marché obligataire, d’échéances com­prises entre 7 et 10 ans ont généré un rendement de 1,23%. “La performance des fonds de pension dépend évidemment des marchés financiers”, rappelle Philip Neyt. “L’allocation d’actifs s’effec­tue au regard de la situation sur les marchés.”

Gestionnaires pas anxieux

A cet égard, l’enquête de l’ABIP permet de cerner la répartition des actifs dans les portefeuilles des fonds de pension. Celle-ci est restée relativement stable : 50% en obligations (contre 49% en 2010), 38% en actions (39% en 2010), 5% en immobilier (inchangé), 3% en liquidités (idem) et 4% dans d’autres investissements (statu quo également).

Pour l’ABIP, ceci montre que les fonds de pension jouent un rôle de stabilisateurs des marchés, alors que d’autres investisseurs tablent sur des plus-values rapides et ont un roulement de porte­feuille beaucoup plus élevé. “Nous, nous sommes investis à long terme”, souligne Philip Neyt. “Nous avons toujours 20 ans devant nous. Nous sommes un facteur de stabilité des marchés.”

Interrogé sur la réaction des gestionnaires des fonds de pension lors des mouvements de panique observés cet été sur les marchés, le président de l’ABIP a répondu que les responsables des IRP ne suivaient pas les marchés anxieusement au jour le jour. “Il existe des “buffers” (des matelas de sécurité, ndlr) et nous vérifions constamment s’ils sont suffisants, sous la surveillance étroite de la FSMA (“financial services & markets au thority”, l’autorité des services et marchés financiers qui remplace l’ex-CBFA, la Commission bancaire, financière et des assurances, ndlr)”, précise-t-il.

Et de rappeler qu’à cause de la crise de 2008, les fonds de pension ont suivi des plans de redresse­ment pluri annuels. “Au coeur de la crise, nous avons pris nos responsabilités”, indique Philip Neyt. “Les plans de redressement ont été bien suivis. Ils sont plus sévères qu’au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Je tiens à souligner que les fonds de pension sont presque les seules institutions fi­nancières qui n’ont ni demandé ni reçu une aide de l’Etat. Même la FSMA a été impressionnée.”

Taux garanti

Aujourd’hui, l’ABIP adresse néanmoins un appel aux autorités. L’association représentative des fonds de pension demande au gouvernement d’épargner le deuxième pilier dans les efforts bud­gétaires qu’il est appelé à prendre. “Il ne faut pas de ponctions fiscales supplémentaires”, insiste Philip Neyt. “Car les coûts vont déjà augmenter.”

Par contre, l’ABIP ne réclame pas une diminution du taux d’intérêt garanti de 3,25% inscrit dans la loi, alors que les assureurs, qui sont également actifs dans le deuxième pilier par le biais des assurances de groupe, sont de mandeurs d’une telle réduction. “Pour nous, c’est le rendement réel pour les bénéficiaires des prestations qui compte”, explique Philip Neyt. “Si l’on diminue ce ren­dement garanti, le taux d’intérêt réel pour le bénéficiaire risque de tomber à zéro, ce qui retire toute pertinence aux fonds du deuxième pilier : mieux vaudrait alors rester dans un système de répartition !” Ce que l’ABIP ne souhaite évidemment pas...



01/11/2011
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