Alternative(s)

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Violence?

Violence?

Je profite des congés pour relire "La violence des riches" de Michel et Monique Pinçon-Charlot.

Je m'étais dit qu'il fallait que je le relise suite au lynchage dégueulasse de Raymonde, pour conseiller à certains vautours d'en prendre connaissance afin de comprendre ce qu'était la réelle violence. Celle qui brise des vies, pas celle qui froisse des loques...

Mais je n'avais pas encore eu le temps de m'y remettre...

Et rien qu'en relisant l'avant propos, un tas d'images me sont revenues. Des visages, des phrases de colère, des moments que j'avais oubliés...

A commencer par un ciné débat à la FGTB Namur qui passait un documentaire de Marcel Trilliat, 300 jours de colere. Je me suis souvenu du visage de ce délégué CGT de 50 balais entré à 15 ans dans cette usine textile, qui s'était fait jeter avec tous ses collegues en se faisant avoir jusqu au trognon par des patrons voyous. Puis qu'on retrouve en fin de docu sur un banc d ecole. Je revois son visage lorsqu'il nous apprend que son prochain combat sera celui d'apprendre à lire et à écrire pour que ses enfants puissent être fiers de lui...

Je me souviens aussi de Christian Binnemans, délégué principal aux forges de Clabecq, qui un jour, après un conseil d'entreprises et après avoir perdu un combat pour des intérimaires, retourne se pendre chez lui. Laissant 4 enfants derriere lui...

Il y en a eu combien de Christian Binnemans? On se souvient du meilleur pote de Fred Gillot, qui nous avait laissé une lettre pour nous raconter comment Mittal l'avait achevé.

Et tous les autres? Tous ceux qui n'ont pas supporté de se faire jeter après toute une vie à s'être fait exploiter. Qui voyaient partir en fumée cette pension pour laquelle ils avaient tant sué... Qui ne savaient pas comment l'annoncer à leurs femmes ou leurs maris, ni encore moins à leurs enfants...

Je me souviens des travailleurs de Doosan, récemment, qui me racontaient comment la direction locale les avait trahi. En les poussant à exploser leurs cadences pour sortir un nombre record de machines juste avant les vacances, soi-disant pour prouver à la maison mère qu'ils étaient les meilleurs du groupe. Ils avaient tellement trimé qu'ils avaient quasiment vidé tous les stocks de l'usine. Avec fierté. Pour se rendre compte en fait que la direction avait plannifié la fermeture de l'entreprise et poussé à sortir le maximum de pièces non pas pour mettre le site à l'abri des licenciements comme ils l'avaient dit, mais pour empêcher les travailleurs de bloquer les machines lorsqu'ils annonceraient la fermeture...

Putain de sentiment de trahison. Avoir tout perdu et en plus s'être fait passer pour un con...

Je me souviens des 100 jours de grève des Camarades d'AGC. Un combat exemplaire qui a duré jusqu'au jour où Joseph, un des délégués, s'est fait sacrifier...

Un sursis pour les rescapés de Saint Gobain à nouveau récemment dépecés...

Et les techniciennes de surface de la commune de Colfontaine?

Et les travailleurs de chez Delhaize. Ces soi-disant faux delhaiziens parce qu'ils refusent de tout perdre en silence.

Et les Camarades de Caterpillar?

Ceux de Vandemoortele?

Et le commando de fachos armé qui a débarqué chez Meister? Ce n'était pas de la vraie violence ça? Ça ne méritait pas une réelle condamnation de la FEB? Je ne me rappelle pas avoir vu autant de foin de la clique Michel and co...

Et les sans papiers en grève de la faim qui sont en train de crever pour qu'on leur accorde un simple droit à la dignité?

Ceux qui sont en centre fermé, et dont les enfants seront bientot aussi emprisonnés?

Et tous ceux dont on ne parlera jamais mais qui savent mieux que quiconque ce que c'est que la violence de tout perdre après avoir tout donné?

Les 30.000 chômeurs qui vont se retrouver à la rue?

Ces jeunes de la génération "no future", ces vieux usés à qui on refuse la dignité, ces femmes qui galèrent et qui vont finir par couler?

Nous on connait leurs visages. On connait leur histoire. On sait ce qu'est la vraie violence.

Elle n'est pas dans notre camp mais dans celui d'en face!

Pas certain finalement d'avoir encore envie de relire ce bouquin.

Mais plus que jamais convaincu que l'on n'a pas d'autre choix que d'aller au bout de notre combat!



30/12/2014
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